présentation de "Ce que l'âge apporte à la danse #résonances"

Trésor vivant, Yachiyo Inoué IV, danseuse de Jiuta maï, avait 90 ans lorsque, résidente de la villa Kujoyama à Kyoto, je travaillai avec elle. Sa puissance retenue, la justesse ciselée de ses gestes m'ont profondément bouleversée.
Durant mon séjour à la Kathak Kendra de Dehli, des danseuses âgées m'ont éblouie.
La danse libre du début du XX siècle célèbre toutes les étapes de la vie et les danses rituelles ne sont pas effarouchées par la maturité.

Dans Ce que l'âge apporte à la danse #résonances, Susan Buirge, Malavika, Elisabeth Schwartz, Elsa Wolliaston, parlent et dansent dans des lieux de nature, incandescentes.

Sur nos scènes, la plupart des danseuses et des danseurs disparaissent quand l'âge avance.
Pour Ce que l'âge apporte à la danse, j'interroge des artistes en art chorégraphique qui ont résisté à cet effacement et dansent après 70 ans. Ces artistes pratiquent différents styles de danse sur de multiples scènes et dans différentes aires géographiques.
Je me suis entretenue avec Germaine Acogny, Malou Airaudo, Odile Azagury, Dominique Boivin, Susan Buirge, Dominique Dupuy, Françoise Dupuy-Michaud, Jean Guizerix, Malavika, Jean Rochereau, La Tati, Thierry Thieû Niang, Elisabeth Schwartz, Elsa Wolliaston.
Avec l'artiste vidéaste Jacques Hœpffner, nous avons choisi de filmer ces artistes dans leur lieu de travail et dans des espaces de nature.

La position vis-à-vis de l'âge, du passage du temps et des expériences du corps diffère grandement selon les cultures, les esthétiques, les techniques de danse et la place des artistes dans une société donnée.
L'approche singulière de ce projet s'ancre dans ce qui a fondé mon histoire personnelle avec certaines danses – la danse classique, les danses contemporaines et post moderne en Europe et aux États-Unis mais aussi des danses qui sont essentiellement dansées par des femmes : la danse Raqs el sharqi au Proche-Orient et au Maghreb, le Jiuta maï au Japon ou encore des danses qui ont des spécificités particulières selon le genre (assigné ou choisi) de l'interprète : le Flamenco et le Kathak d'Inde du Nord.

Dans la jeunesse, la virtuosité est souvent extériorisée ; avec l'âge, cette virtuosité ne diminue pas mais s'intériorise. C'est ce passage, d'une vibration à fleur de peau à une vibrante intériorité qui m'a, de nombreuses fois, frappée. Avec l'âge, les gestes ont moins besoin d'être jetés, telle une poudre, aux yeux du public. Ils se condensent, emplissant le corps de l'artiste, et n'ont plus besoin de preuves gesticulaires pour apparaître. C'est cette quintessence de mouvements qui fait vibrer à son tour le public.

L'âgisme, mot forgé par le gérontologue Robert Butler en 1969, désigne l'ensemble des attitudes, stéréotypes et pratiques discriminatoires envers les personnes catégorisées comme vieilles. Cette discrimination est invisibilisé dans le monde de l'art de la Danse.

Si seule la poétique du geste jeune est valorisée, la danse est amputée d'autres poétiques.

Ce que l'âge apporte à la danse demande aux artistes ce qu'ils et elles mettent en jeu d'un point de vue perceptif, kinesthésique, artistique pour faire vivre d'autres poétiques du geste. Ouvrir à d'autres poétiques est aussi un geste politique.