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Cécile Proust interroge depuis plusieurs années la place des
femmes dans l’art et nos sociétés ainsi que le codage des corps et des genres.
En parallèle à son parcours de danseuse auprès de nombreux chorégraphes
contemporains comme Odile Duboc, Alain Buffard, Daniel Larrieu, Bob Wilson,
le quatuor Albrecht Knust, elle voyage pour rencontrer et pratiquer des danses
comme le flamenco en Espagne, le kathak en Inde du nord, la danse orientale
en Egypte ou le Jiuta Maï (danse traditionnelle des geishas) à Kyoto. Ces pratiques
qu’elle croise avec des danses contemporaines occidentales, des pensées théoriques
et des supports critiques lui permettent d’interroger les constructions des
corps, les fabriques des genres et les rôles sexués.
Ancrées dans une histoire personnelle, artistique et politique, ces questions
sont travaillées par Cécile Proust dans son travail depuis plusieurs
années.
Lorsqu’elle est choisie pour une des roues du passage de l’an
2000 sur les Champs-Élysées à Paris, elle créé avec Jacques Hœpffner une œuvre
vidéo chorégraphique qui interroge autant les gestes de femmes dans de nombreux
pays que leurs engagements politiques.
En 2002, elle crée, Alors, heureuse ? œuvre multi-forme qui interroge
la sexualité vue du côté des femmes.
En 2004, décidant d’approfondir radicalement ces questions, Cécile Proust,
après sa rencontre avec Beatriz Preciado au département danse de l’Université
Paris 8, met en chantier femmeuses.
Ce projet, ambitieux et pluriel, est artistique et théorique, il se nourrit
des interactions entre les pensées féministes, postcoloniales, queer
et la postmodernité en art, il interroge les liens entre ces théories
et la danse, la performance et les arts plastiques.
De nombreuses formes d’art
et mouvements artistiques comme le pop art, la Judson
Church, l’art conceptuel, le minimalisme, la photo, le cinéma
expérimental, le body art, croisent des questions soulevées par les
mouvements sociaux et politiques liés à la contestation de la guerre
du Vietnam, au féminisme de la deuxième vague et aux mouvements politiques
apparus durant cette période dans les centres urbains de la plupart des
pays occidentaux.
Ces mouvements artistiques et politiques s’influencèrent
et s’enrichirent mutuellement.
Ces partis pris artistiques sont également liés à l’émergence d’un nouveau
champ de recherches : celui des études dites féministes, mis en place
dans l’université américaine dès 1970, à l’initiative des artistes Judy
Chicago et Myriam Shapiro. Quelques années plus tard, sont créés les gender
studies, postcolonial studies, queer studies, qui nous montrent combien ces
pensées sont toujours retravaillées.
Il est clair maintenant que les femmes sont loin d’être le sujet unique
du féminisme mais que cette pensée fondatrice de la critique de l’ordre
sexuel permet de réfléchir à la production des différences de genre,
de classe, de race et de sexualité. Il est aussi question de s’appuyer sur
ces théories pour analyser les systèmes d’autorité et de domination bien au-delà
de celui des genres.
La France, à la traîne pour ces questions depuis une quinzaine d’années,
se doit, si elle ne veut pas rester enkystée dans le XXe, se confronter
à ces questions.
C’est ce que Cécile Proust met en œuvre artistiquement avec femmeuses.
femmeuses s’articule autour de deux axes :
– Une recherche historique et théorique nourrie d’œuvres plastiques,
textes critiques, vidéos d’artistes, films, entretiens et documents iconographiques.
– Des réalisations artistiques prenant la forme de femmeusesactions.
Rassemblant, depuis 2004, artistes et théoriciens, ce projet
a mis en œuvre 19 femmeusesactions qui revêtent de multiples formes :
spectacles, vidéos, textes, installations, programmation de spectacles,
commissariat d’expositions.
femmeuses est reçu dans des centres chorégraphiques nationaux français
(CCN de Montpellier, CCNRB de Rennes, CNDC d’Angers), au pavillon de
la France à la Biennale d’Architecture de Venise et montré en tournée
en France et à l’étranger.
Cécile Proust est reçue régulièrement dans des écoles d’arts, des centres
d’art et a été artiste invitée durant deux années au Parc Saint Léger–Centre
d’art contemporain de Pougues-les-Eaux. À l’issue de ces deux années
de résidence, lui est confié en 2006, le co-commissariat, avec Danièle
Yvergniaux de femmeusesaction
#15, l’exposition. Elle bénéficie de l’aide aux écritures chorégraphiques
et est lauréate de la Villa Médicis hors les murs pour les Etats-Unis
d’Amérique (New York et San Francisco).
En 2007, elle est en résidence de recherche au Centre National de la
Danse, elle écrit pour la médiathèque, prolonge avec des chorégraphes
une série d’entretiens menés auprès des artistes exposés dans femmeusesaction
#15, l’exposition,
elle y donne des ateliers sur le genre auprès de classes de la Seine
Saint-Denis.
Sa résidence se conclut par la création du solo
femmeusaction #19, final/ment/seule.
La France commence à bouger et à s’apercevoir qu’elle n’a pas toutes les clefs pour comprendre le féminisme, son histoire et les questions de genres. Les publics s’y intéressent, cherchant à comprendre les enjeux qui sont à l’œuvre. Ce spectacle, aux multiples possibilités, se propose d’aller plus avant dans ses interrogations. femmeusesaction #19, final/ment/seule est un spectacle truffé de repères et de références tout en étant drôle, enlevé, généreux. Un spectacle d’intellectuelle qui vous prendra par le rire. Un mélange d’érudition et d’humour. Une féministe meneuse de revue ?
INSTALLATION, SPECTACLE, DÉBAT,
un projet, trois volets,
déclinaisons possibles.
UNE INSTALLATION qui devient scénographie
ou une scénographie
conçue comme une installation. La scénographie de femmeuses
#19 final/ment/seule est conçue en collaboration étroite (vraiment étroite)
et en intime conviction complice avec Jacques Hoepffner. Cette installation
peut vivre sa vie seule le jour en attendant de se transformer le soir
en scénographie
du spectacle. En d’autres termes cette installation peut être parcourue,
vue, visitée par un public en dehors des heures des spectacles.
Partenaire, support, extension du spectacle, elle est la résonance d’un
parti pris fondamental de femmeuses : donner à voir et à entendre
certains processus de transmission de sens et d’implication historique
en les traduisant dans un dispositif plastique. Écho émancipé de
l’exposition présentée, en 2006, au parc Saint-Léger,
centre d’art contemporain, cette installation est un dispositif visuel
et sonore qui rend compte du foisonnement des sources et des créations
femmeuses. Cette installation est composée de 10 moniteurs sur lesquels
tournent des vidéos qui retracent des mouvements historiques politiques
et artistiques : Not for sale de Laura Cottingham, FHAR de Carole Roussopoulos
So Help me Hannah de Hannah Wilke. Différentes créations de femmeuses (vidéos ou installation sonore) se confrontent à des œuvres
d’artistes comme la canadienne Dayna Mac Load, ou la japonaise Takako
Yabuki, qui interrogent via des factures esthétiques extrêmement
différentes les mêmes problématiques. Une maquette de femmeuses
#15, l’exposition, le DVD d’entretiens fait auprès des artistes
qui y étaient exposés, une partie de la salle de documentation
sont également intégrés à cette scénographie.
LE SPECTACLE, femmeusesaction#19, final/ment/seule, est le prologue d’une postface, personnel et donc politique, drôle mais extrêmement pointu, féministe et sexuel, précis et documenté mais quelquefois flou et de mauvaise foi. Simili lesbienne couchant avec des hommes, Cécile Proust y fait feu de tout bois, elle est seule mais très entourée, peut-être nue mais néanmoins culottée. Entre l’autoportrait et le pamphlet, ce manifeste intime est aussi le porte-parole d’autres voix. Ça peut vous caresser dans le sens du poil mais aussi vous le rebrousser voir vous le hérisser. C’est lisse et soyeux mais quelquefois rugueux et rageur en évoquant les violences faites aux femmes et aux droits qui sont encore à prendre. C’est impatient et inachevé tout en interrogeant les horizons d’attentes et les conditions d’élaborations d’un tel projet. C’est singulier donc universel. Bref, un truc impossible.
LE DÉBAT À l’issue de la soirée, les spectateurs sont invités à parcourir l’installation qui servait de scénographie du spectacle, d’y visionner les vidéos, le DVD et d’écouter l’œuvre sonore de Jacques Hœpffner femmeuses #14, écoute. Afin d’appréhender la multiplicité des sources et des créations de femmeuses, une discussion est ensuite proposé aux spectateurs. Un débat, un échange à propos du spectacle, des œuvres, des documents présentés dans l’installation et des problématiques ainsi soulevées, sera animé par Cécile Proust, Jacques Hœpffner, et Elisabeth Lebovici ( historienne de l’art, journaliste et co-auteur du livre femmes artistes/artistes femmes paru en 2006).
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